25 août 2022
« Merci, Poutine ! Ma communauté a doublé, peut-être même davantage, depuis février 2022”, a déclaré à notre confrère du Monde le rabbin Yosef Hersonski, né en Union soviétique et qui a longtemps officié en Russie, avant de s’établir à Tel Aviv. “Les gens qui émigrent aujourd’hui sont issus des grandes villes russes, ils viennent de milieux privilégiés. La communauté est bien plus forte grâce à eux.
Dans son centre, baptisé Jewish Point, Ukrainiens et Russes se mélangent, les enfants courent, les adultes télétravaillent en russe. Le shabbat, la salle principale devient une synagogue, le soir, on y étudie la torah. Pourtant la plupart des Russes juifs en Israël ne sont pas religieux et cette nouvelle vague d’immigrés ne fait pas exception : « 30 % de ma communauté se dit athée », confirme-t-il. Et le rabbin accueille tout le monde avec le sourire, croyants ou pas.
Selon les autorités, ces six derniers mois, un peu plus de 20 700 juifs de Russie ont fait leur alya. Certains possédaient déjà la nationalité israélienne « et gardaient leur passeport dans un tiroir, au cas où. Beaucoup sont arrivés entre mars et avril, sur fond de rumeurs de fermeture des frontières.
Près d’un million d’immigrants se sont installés en Israël à la chute de l’Union soviétique, formant la plus grosse communauté du pays, ayant aujourd’hui un fort poids politique. Mais beaucoup ont des problèmes pour vivre car le pays est terriblement cher.
L’un des principaux obstacles, pour eux comme pour les retraités installés en Israël depuis des années, reste l’accès à leur argent en Russie. Les banques israéliennes bloquent les transferts depuis les banques russes, conformément aux sanctions internationales. Le ministre des finances israélien, populaire parmi l’électorat russophone, a tenté d’intervenir – en vain.
Israël n’a pas pris directement de sanctions, mais le pays est tributaire des décisions internationales. Il s’efforce de ménager Moscou depuis le début de la guerre.
Beaucoup de nouveaux arrivants approuvent la position israélienne car ils craignent pour leurs familles et les quelque 150 000 juifs toujours en Russie. D’autant que les relations entre Jérusalem et Moscou se sont tendues ces dernières semaines, car le gouvernement russe menace de fermer l’Agence juive dans le pays.
Aujourd’hui beaucoup d’immigrés russes en Israël passent leur journée à écouter les nouvelles de la guerre en Ukraine et se sentent parfois coupables d’être russes…

