15 février 2023
Une équipe d'entrepreneurs israéliens, la Team Jorge serait responsable d'avoir manipulé plus de 30 élections dans le monde, par le biais du piratage et de la désinformation automatisée.
C’est ce que révèle ce matin une vingtaine de journaux européens réunis dans un consortium qui s’intitule Forbidden stories. Ils rapportent que la Team Jorge, une équipe d'agents israéliens travaillant sous la direction de Tal Hanan, le vrai nom de Jorge, un ancien agent des forces spéciales, a manipulé les résultats d'élections dans des dizaines de pays au cours des deux dernières décennies.
Pendant plusieurs mois, le journaliste français Frédéric Métézeau , Gur Megiddo le journaliste israélien de The Marker, et Omer Benjakob de Haaretz ont infiltré “la Team Jorge” cette structure spécialisée dans l'influence, la manipulation électorale et la désinformation.
Cette société n'a aucune existence légale. Elle a pourtant ses bureaux à Modiin, entre Jérusalem et Tel Aviv. Ses employés sont d'anciens officiers de l'armée ou des services de renseignements israéliens.
Les enquêteurs se sont donc présentés comme des "consultants indépendants" missionnés par un client africain qui souhaitait influencer un scrutin électoral. Et le fameux “Jorge” leur a donc déroulé le tapis rouge. À l'en croire, sa société serait active sur tous les continents : "Nous sommes intervenus dans 33 campagnes électorales au niveau présidentiel."précise-t-il.
Ses pirates haut de gamme ne s'interdisent d'intervenir que dans trois domaines : la politique nationale américaine, la Russie et Israël.
Ils développent depuis six ans une plateforme numérique d'une efficacité redoutable baptisée Aims pour "Advanced Impact Media Solutions". Un logiciel qui permet de fabriquer des faux profils et de les activer sur les plus grands réseaux sociaux. Ils affirment avoir vendu Aims à plusieurs services gouvernementaux de renseignements.
Ce logiciel produit des avatars : des gens qui n'existent pas, mais qui disposent d'une apparence réelle sur internet et de centres d'intérêts crédibles. Ces faux profils publient leurs soi-disant opinions dans l'espoir d'influencer le plus de "twittos" possibles. Début janvier 2023, le système exploitait 39 213 faux profils différents, consultables dans une sorte de catalogue.
Team Jorge peut aussi envoyer jusqu'à deux millions de SMS en une semaine pour faire apparaître le report d’une élection comme étant la meilleure solution." La société place aussi ses cibles sur écoute, un service facturé 50 000 euros par cible.
Elle utiliserait les services de personnalités connues en Israël, Ilan Mizrahi, ancien directeur adjoint du Mossad et ancien conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre Ehud Olmert, ou encore Roger Noriega, un ancien diplomate des administrations Bush Jr. et Reagan. Ilan Mizrahi assure connaître Jorge mais ne pas avoir de lien d'affaires avec lui. Quant à Roger Noriega, il affirme ne pas se souvenir de son nom.
Quoi qu'il en soit, et preuves à l'appui, Team Jorge affirme qu'il peut aussi "recruter" des journalistes au sein de grands médias étrangers.
En France, le journaliste Rachid M'Barki de BFMTV est accusé d’avoir cédé aux sirènes de la Team Jorge. Ce présentateur du « Journal de la nuit » n’est déjà plus à l’antenne depuis un mois. Il affirme avoir juste voulu rendre service à Jean-Pierre Duthion, un intermédiaire français spécialisé dans les campagnes d’influence.
Ce n’est pourtant pas là l’arme la plus terrifiante de Jorge. Sous les yeux des journalistes sous couverture, il va prendre le contrôle de messageries privées de hauts responsables africains. Jorge apparaissait déjà dans le scandale Cambridge Analytica. Pour rappel, cette entreprise britannique a utilisé les données personnelles de près de 87 millions d’utilisateurs de Facebook, à leur insu, à des fins de ciblage politique. La société est notamment accusée d’avoir manipulé de nombreuses élections, contribuant à la victoire de Donald Trump en 2016 et au vote en faveur du Brexit.
On apprend également que le premier ministre lui-même Benjamin Netanyahou aurait été écouté non pas par la team Jorge mais par le logiciel Pegasus d’une autre entreprise israélienne NSO.

